LE CONGRÈS

Symposium de la Société de l'Évolution Psychiatrique
Les thérapeutiques en psychiatrie à l'épreuve des transformations institutionnelles
Prescrire, hospitaliser, évaluer : ces actes demeurent au cœur de la pratique psychiatrique. Mais dans un contexte marqué par la réduction des ressources, la réorganisation des dispositifs de soins, la pression diagnostique et l'évolution des attentes sociétales, que signifie encore « faire thérapeutique » ?
À partir de trois situations emblématiques de la psychiatrie contemporaine — la prescription médicamenteuse, l'hospitalisation et les nouveaux dispositifs d'évaluation rapide — ce symposium propose d'interroger les effets des transformations institutionnelles sur les pratiques de soin. Lorsque le médicament se substitue parfois à l'absence d'offre thérapeutique, lorsque l'hospitalisation oscille entre nécessité clinique et injonctions gestionnaires, lorsque de nouveaux dispositifs émergent sous l'effet des politiques de santé, quelles sont les conditions permettant de préserver la dimension thérapeutique du travail psychiatrique ?
En croisant réflexions cliniques, institutionnelles et organisationnelles, ce symposium invite à penser les thérapeutiques non seulement comme des techniques, mais aussi comme des pratiques inscrites dans des dispositifs de soin dont les mutations actuelles redéfinissent les contours.
Les paradoxes de l'hospitalisation en psychiatrie
Nicolas Dissez
Les débats autour de la fonction de l’hospitalisation psychiatrique se superposent presque avec l’histoire de la psychiatrie elle-même. Lieu de rassemblement des différentes pathologies psychiatriques, l’asile a d’abord indéniablement permis d’identifier, de distinguer, de sérier, différents registres des troubles psychiatriques. Dénoncé comme lieu du grand renfermement et comme source de chronicité, ledit asile a pris progressivement une connotation des plus péjoratives. La politique gestionnaire d’administration de la santé qui caractérise notre époque, soucieuse du coût attribué aux hospitalisations, a pu reprendre ces arguments à des fins toute différentes.
Pourtant, l’hospitalisation, comme soins, comme outil thérapeutique, comme étape essentielle, parfois décisive dans le parcours d’un patient, garde sa valeur, son indication et son efficace. Nous tenterons d’examiner les ressorts de cette efficacité.
Un médicament sans soin ?
Yan Craus
La psychiatrie actuelle est-elle en train d’abandonner ses missions thérapeutiques ? Plusieurs évolutions semblent l’indiquer : désorganisation des structures de soins institutionnels et affaiblissement du secteur, pénurie de moyens humains et psychothérapeutiques, focalisation sur les démarches diagnostiques et hyper-spécialisées, demande première de reconnaissance de handicap.
La prescription médicamenteuse se trouve souvent sommée de répondre à des situations de détresse psychique pour lesquelles aucun soin n’est disponible ou pensé. Or les indications thérapeutiques comme celles d’un médicament sont le plus souvent synergiques et requièrent un contexte médical qualitatif minimal : inscription dans une relation de soin, engagement dans un suivi, association très fréquente à une psychothérapie. Le cas du TDAH illustrera notre propos.
Les hôpitaux de jour d'évaluation : contrainte ou opportunité?
Manuella De Luca
Les financements réduits en psychiatrie contraignent les soignants à répondre aux différents appels d’offre des ARS. Ceux-ci s’inscrivent dans une logique globale et administrative des soins sans véritablement correspondre aux besoins des territoires ou des institutions.
A partir de l’exemple de la création d’un hôpital de jour pour réponse rapide et évaluation pour adolescents souffrant de troubles des conduites alimentaires dans les suites de la pandémie de COVID-19 nous verrons comment il peut être possible de se réapproprier le soin dans une inscription dans l’ensemble des dispositifs thérapeutiques déjà existants et de mise en place de parcours de soins cohérents.